Une excellente raison de rester au Mali

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Par Nico Ramirez, Diktacratie

Le chat-bite surprise est une variante du chat-bite ordinaire. Contrairement à ce dernier que l’on a le temps de voir venir, le premier ne prévient jamais. Et il fait donc très mal. Le jeu de la balle au prisonnier n’est plus ce qu’il était, mais la partie de cache-cache conserve son intérêt : au Mali, désormais, tout le monde veut jouer à chat-bite.

La soi-disant « phase de normalisation » en cours dans le pays depuis l’élection présidentielle du mois de juillet, a pris du plomb dans l’aile, comme les deux journalistes de Radio France Internationale – Ghislaine Dupont et Claude Verlon – qui eux, ne s’en relèveront pas.

Les accords signés à Ouagadougou en juin dernier devaient à la fois encadrer le retour de l’Etat malien dans le nord du pays, et ouvrir des négociations sur les revendications des groupes armés qui tiennent la zone, c’est-à-dire les indépendantistes touaregs.

En fait, les discussions menées dans la capitale burkinabè n’ont servi qu’à permettre et faciliter le déroulement logistique du scrutin présidentiel à Kidal, en permettant le retour de l’armée malienne, jusque-là sous le coup d’une interdiction de séjour, prononcée par le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad).

Au terme de l’opération Serval, dans un « Mali libéré », l’armée française avait confié Kidal aux touaregs en les débarrassant des narco-barbus sponsorisés par le Qatar. En tolérant pendant un temps le bannissement des soldats maliens.

Aujourd’hui, à Kidal, les indépendantistes touaregs continuent d’occuper les bâtiments publics, dont le gouvernorat. Le cantonnement des anciens combattants touaregs reste une vue de l’esprit.

Absolument personne ne contrôle rien à Kidal, qui est officiellement sous administration de l’État malien depuis la fin juin. Le retour de l’armée malienne a été une sinistre plaisanterie, avec à peine 200 soldats maliens stationnés dans un camp à la sortie de la ville, et dotés de moyens dérisoires.

Les troupes de la Minusma, la force des Nations unies au Mali, sont supposées assurer la sécurisation de la ville. Pauvres casques bleus guinéens, sénégalais ou togolais qui n’ont strictement aucune connaissance du terrain, et zéro expérience de maintien de l’ordre dans une pareille zone livrée à elle-même, où les armes circulent au grand jour.

Peu nombreux eux aussi sur place, les petits gars des forces spéciales françaises ne donnent guère dans les missions de gendarmerie, chat-bite oblige.

Un contexte totalement anarchique et instable qui a même permis en toute discrétion le retour en ville de plusieurs unités d’Ansar Dine, le groupe armé malien salafo-utile.

« La région de Kidal est la puissance au carré des maux du Mali “, avait dit Ghislaine Dupont dans l’un de ses précédents reportages. Son assassinat en compagnie de son collègue Claude Verlon en est la tragique illustration.

« La sécurisation de l’ensemble de la zone et des zones voisines, concernant en particulier celle des ressortissants français, va être accrue », a annoncé Laurent Fabius. Loin de décliner progressivement comme initialement annoncé, la présence militaire française, 3000 hommes actuellement, devrait être renforcée dans un premier temps avec 1 500 hommes supplémentaires. Non, les journalistes ne sont pas morts pour rien…

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