Crise du Mali, réalités géopolitiques (première partie)

Par Aymeric Chauprade, realpolitik.tv via E&R

L’intervention du Mali, comme toutes les interventions occidentales depuis la fin de la Guerre froide (de l’Irak jusqu’à la Libye en passant par l’ingérence en Syrie) ne saurait être analysée de manière angélique, sous prétexte qu’elle serait une opération française. Inversement, elle ne saurait être assimilée à toutes les autres opérations parce qu’elle admet en effet ses propres déterminants.

La guerre au Mali est la confrontation d’une multiplicité d’acteurs :

• l’État central malien (Bamako)
les Touaregs indépendantistes de l’Azawad
• les groupes jihadistes
l’État français et sa compagnie pétrolière Total (qui est certes une multinationale sur le plan capitalistique mais dont l’action politique reste coordonnée à celle de la France),
• l’État algérien avec d’une part son État profond (le puissant DRS, la sécurité militaire, coeur du régime) d’autre part sa société pétrolière étatique Sonatrach
• les États-Unis d’Amérique et leur État profond (composé d’éléments de la CIA, du Pentagone, de l’armée)
• l’État qatarien et ses intérêts pétroliers et gaziers
• deux États voisins, la Mauritanie et la Libye qui ont toujours joué un rôle crucial dans la question touareg.

Ce sont là les principaux protagonistes de l’affaire malienne. Au second plan, d’autres acteurs chargés d’apporter aux acteurs de premier plan une légitimité en terme de droit international : les autres États africains (la CEDEAO), l’Union européenne…

Voyons les intérêts et les motivations des premiers rôles qui s’affrontent sur la scène malienne, et pas forcément de manière visible.

Cette analyse étant longue, j’ai décidé de la découper en deux parties. La première partie tentera d’y voir clair sur les motivations de l’État malien, des Touaregs indépendantistes et des groupes islamistes.

La seconde partie abordera la question complexe des enjeux pétroliers et gaziers dans la zone (avec notamment les intérêts pétroliers français, qataris et algériens).

Nous pourrons alors proposer une lecture de la crise qui s’articulera autour d’un bras de fer entre Paris, Alger et Doha pour l’essentiel, avec bien entendu aussi les États-Unis en « embuscade » et qui montrera, une fois de plus, que le terrorisme islamiste est largement instrumentalisé pour consolider ou restaurer les intérêts des principaux acteurs.

1) L’État malien

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Afin de présenter l’État malien dans ses caractéristiques géopolitiques je m’appuie sur l’article « Mali » du Dictionnaire de géopolitique (Chauprade/ Thual) lequel date de 1999 dans sa deuxième édition. L’exercice consistant à revenir à ses anciens textes est peu pratiqué en France, et pour cause : s’il l’était, il abîmerait fortement la légitimité de la quasi-totalité de nos commentateurs médiatiques, surtout Olivier Roy, le génial visionnaire de la « fin de l’islam politique » (titre de son essai de 1992) lequel fanfaronnait encore sur les plateaux au début des printemps arabes, en 2011, en expliquant que sa thèse de la disparition de l’islamisme était la bonne et que la masse arabe ne rêvait que de démocratie occidentale… Cela fait penser à Francis Fukuyama s’excusant que la Fin de l’Histoire soit autant retardée depuis 1990 et nous demandant de patienter encore un peu (pour avoir raison)…

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Les mensonges de la propagande de guerre française au Mali

Par Mohamed Tahar Bensaada | le 14 janvier, 2013 – 09:02

Cocorico ! La France aura bien eu sa « tempête de désert ». Hollande a pris la « courageuse » décision d’envoyer les hélicoptères Gazelle des forces spéciales de l’armée de terre, des Mirage 2000D et des Rafale contre les colonnes des djihadistes qui menacent la sécurité de l’Europe.

Dans cette guerre, la France n’a pas besoin de justification supplémentaire, il suffit qu’elle ressasse la propagande rôdée désormais au fil des dernières guerres de l’Empire, elle intervient pour sauver le peuple malien et pour les droits de l’Homme. Les intérêts de la France, au premier rang desquels le contrôle des mines d’uranium du Niger voisin, ne viendraient qu’en second lieu. Comme d’habitude, les médias de l’hexagone ont rivalisé dans le rôle qui leur est dévolu : la fabrication de mensonges éhontés en vue de justifier une guerre de rapine et de domination néocoloniale. Retour sur les mensonges les plus grotesques.

Premier mensonge. Les apparences diplomatiques sont sauves. Le président français a justifié sa décision d’intervenir au Mali en prétextant l’appel à l’aide du gouvernement malien. En effet, le président intérimaire malien, Dioncounda traoré, a lancé un appel au secours à la France pour stopper l’avancée des rebelles d’Ansar Dine qui avaient pris le contrôle de la ville stratégique de Konna. Mais ce que le gouvernement et les médias français ont oublié de rappeler c’est que ce président malien ne dispose d’aucune légitimité pour appeler à l’intervention militaire d’une puissance étrangère sur le sol malien. Continue reading

Bloomberg: Syria Violence is Sectarian

Admission that sectarian extremism, not democracy or freedom, drives vicious killing, means West, not Russia must back off arming belligerents in Syria.
By Tony Cartalucci, LandDestroyer Report

June 4, 2012 – For decades across the Arab World every nation from Algeria to Morocco, Egypt to Syria, have fought against sectarian extremists from organizations like the Muslim Brotherhood and Al Qaeda. Algeria, for example, fought so long, so hard against violent extremists attempting to overrun their secular society and target ethnic and religious minorities including Christians and even Sunni moderates, that it is known as the “lost” or “black decade.” Algeria faced amongst others, Al Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM), a US State Department-listed terrorist organization linked directly to neighboring Libya’s “Libyan Islamic Fighting Group” (LIFG) which was recently armed, trained, funded, and politically backed by NATO to overrun Muammar Qaddafi.

Now Algeria and its neighbors face a reinvigorated AQIM courtesy of NATO.

 

Image: Algeria’s “Black Decade” was a long-fought battle against sectarian extremists who attempted to violently overthrow the Algerian government. While representatives of the West’s hegemonic global agenda would like to see Algeria be “next” to fall, it seems that the Algerian people have learned their lesson, and stopped the US-engineered “Arab Spring” dead in its tracks. Syria now faces its “black years” with the West imploring Russia, China, and Iran to abandon it to what is clearly the same extremism Algerians justifiably fought for a decade. 

….

In both Egypt and Syria, it was the Muslim Brotherhood that had attempted to overrun secular governments with violence mirroring exactly what is unfolding today, violence that ultimately failed. Today, the Western press decries Egyptian and Syrian efforts to hem in these sectarian extremists, particularly in Syria where the government is accused of “massacring” armed Brotherhood militants in Hama in 1982. The constitutions of secular Arab nations across Northern Africa and the Middle East, including the newly rewritten Syrian Constitution, have attempted to exclude sectarian political parties, especially those with “regional” affiliations to prevent the Muslim Brotherhood and Al Qaeda affiliated political movements from ever coming back into power.

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