L’Afrique au sommet… de sa soumission

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Par Nico Ramirez, Diktacratie

La paix et la sécurité en Afrique sont au cœur du sommet qui réunit une quarantaine de chefs d’Etat africains ce vendredi et ce samedi… à Paris, en France ! Tant il est vrai qu’aborder de pareils sujets sur le sol africain aurait été franchement déplacé, c’est le cas de le dire. Quand les Africains jouent leur destin à l’extérieur, ils sont certains de rentrer bredouilles à la maison…

Au moment où la France s’apprête à intervenir militairement en Centrafrique, munie de son blanc-seing onusien, le raout de l’Elysée va permettre à papa Hollande d’exposer et de diffuser sa doctrine africaine, le tout habilement emballé dans un joli papier cadeau humaniste, avec une belle ficelle progressiste.

Du sommet de la Baule sous François Mitterrand en 1990 à celui de l’Elysée en 2013, la chanson est toujours la même : le gentil homme blanc possède la vision nécessaire au développement du continent africain. Vision que les Africains ne sont, bien entendu, absolument pas capables de mettre en perspective eux-mêmes. Il faut bien qu’un bon père leur facilite le travail, quitte à se moquer d’eux sans qu’ils ne se rendent d’ailleurs compte.

Avec cet air de faussaire qui lui sied si bien, François Hollande va prendre la pose de celui qui clame que le futur de l’Afrique passe par le renforcement de la capacité des Africains à gérer leurs crises sans assistance extérieure. La bonne blague, pile au moment où Paris s’apprête à déployer sa soldatesque en brousse centrafricaine et se pose donc immanquablement en ultime recours dont on ne peut pas se passer.

Sous prétexte de ne pas débarquer à Bangui à la hussarde comme l’armée française avait l’habitude de le faire dans le passé, la France espère dissimuler ses intentions de rester le gendarme de l’Afrique. Tout en affirmant soutenir la mise en place d’une force africaine. De la Côte d’Ivoire au Mali, de la Somalie à la RDC, les opérations militaires africaines ont systématiquement fait preuve de leur inefficacité, essentiellement due à un manque criant de formation et de moyens.

La récente dégradation de la situation en Centrafrique, tombée à pic le matin même du vote des Nations unies autorisant la France à faire semblant de ne plus être un Etat colonial, fournit un prétexte idéal pour sortir ses muscles. L’opération française « sera rapide », elle « n’a pas vocation à durer et je suis sûr de son succès », a prévenu François Hollande, dans une tentative surprenante de se prendre pour Guillaume II qui à la veille du conflit de 14-18, promettait que la guerre serait « fraîche et joyeuse ».

L’intervention en RCA : la France a trop attendu

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Depuis le mois de décembre 2012, la RCA, l’ancien Oubangui-Chari colonial, est un foyer de déstabilisation qui menace toute l’Afrique centrale et la région sahélo-tchadienne au moment où la contagion sahélienne a touché la zone tchado-nigériane et la Libye saharienne.

Par Bernard LUGAN

Alors que la France va intervenir en RCA, ce qu’elle aurait du faire depuis le mois de décembre 2012, je ne vais pas redire ici ce que j’ai déjà expliqué à travers mes analyses et communiqués des 26 décembre 2012, 1er janvier, 24 mars, et 7 septembre 2013 ainsi que dans le numéro de février 2013 de l’Afrique réelle et dans celui du mois de novembre 2013 à travers l’article intitulé « RCA : les coupeurs de route au pouvoir ».

Néanmoins, pour résumer la situation, il importe de ne pas perdre de vue que :

1) Ceux qui font régner la terreur à Bangui sont les héritiers des bandes islamistes mahdistes et de celles de Snoussou qui razziaient les peuples de la forêt et du fleuve avant la colonisation.

2) Comme quasiment partout en Afrique, le problème est d’abord ethnique et il est à l’origine de l’instabilité récurrente que connaît cet artificiel pays, quadrilatère de 623 000 km2, non-Etat présentant de grandes différences géographiques, donc humaines, entre des régions sahéliennes, des espaces soudanais, des savanes centrales, une forêt méridionale et des régions bordières du fleuve.

3) L’histoire de RCA depuis l’indépendance est rythmée par l’alternance de cycles ethno-politiques conflictuels qui donnèrent tour à tour le pouvoir à des populations originaires des grandes régions du pays comme je l’ai longuement expliqué dans le numéro de l’Afrique réelle du mois de février 2013.

Le 15 mars 2003 le général François Bozizé, un Gbaya, ethnie originaire de l’ouest du pays, accéda aux affaires au moment où tout le nord de la RCA était touché par la contagion du conflit soudano-tchadien. A plusieurs reprises, les rebelles tchadiens opposés au président Idriss Déby Itno et soutenus par le Soudan tentèrent ainsi de contourner les défenses tchadiennes par le nord de la RCA et ce fut à partir de ce moment que la région de Birao et des « trois frontières » (Soudan-Tchad-RCA) échappa définitivement aux autorités de Bangui pour devenir une « zone grise ».

A la fin du mois de décembre 2012, venus de cette région, quelques centaines de combattants appartenant à de petites tribus nordistes et islamisées, dont les Gula et les Runga, appuyés par des Soudanais et des Tchadiens, avancèrent vers Bangui, la capitale, groupés dans un hétéroclite mouvement créé pour la circonstance et qui prit le nom de Séléka (coalition en langue sango).

Ce qui, au départ, n’était qu’une razzia lancée par deux ou trois centaines de coupeurs de route se transforma alors en une entreprise de conquête du pouvoir. Au noyau initial vinrent ensuite s’agréger plusieurs mouvements ethno-politiques microscopiques dirigés par de vieux chevaux de retour de toutes les aventures centrafricaines.

Le pillage de Bangui débuta alors, suivi par le massacre des Gbaya et des chrétiens. L’anarchie gagna ensuite l’ensemble du pays, les bandes du Séléka se livrant à un pillage en règle des populations cependant que Michel Am Nondroko Djotodia président autoproclamé le 24 mars 2013 était totalement dépassé par les évènements.

En RCA où, une fois encore, la longue histoire explique les évènements contemporains, l’intervention militaire trop tardive ne réglera pas le problème de fond. En effet, le Séléka va se débander devant les troupes françaises mais :

1) La question de la pacification de la région des trois frontières ne sera pas réglée car le Soudan constituera la base arrière de tout futur mouvement.

2) La seule solution qui sera proposée par la France sera une nouvelle fois un processus électoral, donc une ethno-mathématique, qui redonnera le pouvoir aux plus nombreux, donc aux peuples de la savane. Les « gens du fleuve » au sud et les nordistes seront automatiquement perdants car minoritaires, ce qui sera la cause de futurs conflits…